Afghanistan : malgré les négociations, les violences contre les civils continuent

Un fermier afghan en 2009 | Photo : Helmandblog (CC BY-NC-ND)

À l’aune du retrait américain, la population civile reste une des premières victimes du conflit entre talibans et gouvernement, qui déchire le pays depuis 2001, ainsi que des attentats menés par l’État Islamique.Les négociations concernant le processus de paix prévu dans le cadre du retrait américain traînent, laissant peser l’incertitude sur le pays.

Au moins 35 morts lors d’un attentat à l’université de Kaboul le 2 novembre, huit samedi dernier après que l’État Islamique a lancé des missiles sur la capitale afghane… Malgré le lancement des négociations entre talibans et gouvernement en septembre et l’accord sur le retrait américain, les Afghans ne connaissent toujours ni paix, ni sécurité. Le nombre d’Afghans en situation d’insécurité alimentaire se situe à 17 millions, 5 millions de plus qu’en début d’année. D’après le Global Peace Index, l’Afghanistan est le pays le moins sûr au monde en 2020. Le pays occupe également la première place du Global Terrorism Index 2019, qui mesure l’impact du terrorisme dans chaque pays. De tristes records qui parachèvent des décennies d’instabilité et de conflits dans le pays, couplés à la crise sanitaire mondiale. La situation reste donc désastreuse pour la population, bien que l’ONU note que le nombre de victimes civiles a sensiblement baissé en 2020, à des niveaux jamais vus depuis 2012. L’institution déplore cependant une légère augmentation des victimes civiles après que les négociations entre gouvernement et talibans ont commencé, sans pour autant aboutir à un cessez-le-feu.

Trouver un compromis

Les négociations, ouvertes en mars après l’accord historique signé entre États-Unis et talibans semblent désormais être au point mort. La reprise des négociations menée à Doha en compagnie du Secrétaire d’État américain Mike Pompeo samedi dernier n’a permis aucune avancée significative. L’émissaire pour la paix américain, Zalmay Khalilzad espère bien « une réduction de la violence immédiate, un cessez-le-feu… », dans le cadre de négociations qui promettent d’être longues et difficiles. De son côté, le gouvernement afghan refuse d’accepter ce qu’il considère comme des « demandes anticonstitutionnelles » de la part des talibans, sans apporter plus de précisions. La mise en place d’un « Conseil de réconciliation » qui se voudrait représentatif de la population, notamment demandée par L’Union Européenne et le Royaume-Uni, n’est toujours pas complète. Le conseil pourrait permettre de donner une ligne directrice aux négociations, et de les faire progresser plus rapidement.

Quoi qu’il arrive, les troupes américaines encore sur place se retireront progressivement. Seulement 2500 militaires resteront en Afghanistan après le 15 janvier, bien que des missions diplomatiques et d’assistance subsisteront. Un compromis devra donc être trouvé rapidement entre les deux parties pour que le pays gagne en stabilité et que l’espoir de voir la situation s’améliorer reste en vie. Le temps presse d’autant plus qu’une baisse des aides accordées à l’Afghanistan a été décidée lors de la Conférence de Genève, qui a réuni les principaux pays donateurs mardi. Ces derniers conditionnent cependant leur aide à un arrêt progressif des violences et à des améliorations des droits de l’Homme, notamment en matière de droits des femmes dans le pays, ainsi qu’au respect de la démocratie. L’accord entre gouvernement et talibans devra donc répondre à ces critères si le pays souhaite conserver ces aides internationales, dont il dépend largement.

Auteur de l’article : Léo Berry

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