Automobile, haute technologie… Taïwan, champion des semi-conducteurs à la rescousse

Volkswagen, Ford, Toyota, Fiat… L’industrie automobile manque aujourd’hui de semi-conducteurs, indispensables à la production de voitures. Taïwan est appelé à la rescousse. L’île, sous pression chinoise, en est de loin la productrice la plus importante.

Une usine de fabrication de semi-conducteurs. | Taiwan Semiconductor Manufacturing Co.

Cela peut surprendre. Pourtant, c’est bien Taïwan qui est au centre de la production de puces et de semi-conducteurs. Ces composants, indispensables à la confection de nombreux objets technologiques (véhicules autonomes, téléphones, ordinateurs…), sont le fruit de recherches très intenses et coûteuses. Résultat : il ne reste que peu de producteurs dans le monde, du fait des investissements nécessaires.

C’est pourquoi les constructeurs automobiles appellent Taïwan à l’aide. L’industrie automobile, qui avait fortement réduit ses commandes de semi-conducteurs durant la crise sanitaire, n’avait pas anticipé le fort rebond de la demande. L’enjeu est énorme : D’après Bloomberg, General Motors et Ford, deux constructeurs américains, pourraient y perdre 61 milliards de dollars de chiffres d’affaires. L’industrie pèse lourd, au point que l’augmentation de la production devrait avoir un impact sensible sur la croissance taïwanaise.

Les différents gouvernements ne sont pas en reste pour soutenir leurs industries automobiles. Les Américains, Japonais et Allemands cherchent tous à discuter avec la Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. (TSMC) − le fournisseur le plus important de semi-conducteurs et de puces − afin d’assurer leur approvisionnement. Remonter la pente se révèle difficile. Seule 3 % de la production de la TSMC est consacrée à l’automobile, l’entreprise s’étant largement consacrée aux smartphones et composants informatiques.

Une employée de la TMSC. | Taiwan Semiconductor Manufacturing Co.

Champion mondial des semi-conducteurs

Au fil des années, l’importance de Taïwan dans ce secteur très stratégique a pris des proportions énormes. La TMSC, son fer de lance, bénéficie d’une part de marché de 28 %. Son premier concurrent, UMC, est également taïwanais et occupe 13 % du marché. Le chinois SMIC arrive en troisième position avec 12 % de part de marché. L’entreprise a toutefois été exclue du marché américain, ce qui limite son potentiel de croissance.

Les deux principales entreprises taïwanaises possèdent 40 % de parts de marché.

Si sa part de marché est la plus importante, la TMSC possède également une avance technologique confortable sur la plupart de ses concurrents. La diversité de ses clients est éloquente : Apple, Nvidia, AMD et bientôt Intel − des fabricants de composants informatiques d’envergure mondiale − utilisent des puces et semi-conducteurs de TMSC dans leurs produits. Le sud-coréen Samsung se pose en seule alternative crédible, mais occupe une part de marché trois fois inférieure à TMSC.

La Chine aux abois

Les usines de TMSC sont désormais convoitées par les grandes puissances. L’entreprise est actuellement en discussion avec les États-Unis pour construire une usine en Arizona, ce qui représenterait un investissement de 12 milliards de dollars. Le Japon souhaiterait également accueillir une de leurs usines sur leur sol. Assurer la production de ces composants devenus très sensibles est devenu un enjeu stratégique important.

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Au vu de l’importance économique et technologique d’une entreprise comme TMSC, la Chine serait-elle tentée d’envahir Taïwan pour en récupérer les innovations ? Pour John Lee et Jan-Peter Kleinhans, rien n’est moins sûr. La supériorité militaire de Pékin est bien écrasante, mais n’est pas la clé du problème. Les conséquences politiques d’une invasion militaire de Taïwan seraient d’ailleurs bien trop importantes pour la justifier. Le plan de Xi Jinping est bien plus réaliste. Le dirigeant mise sur la recherche, qui, il l’espère, mènera à une meilleure indépendance technologique de la Chine. Reste que l’avance de Taïwan est confortable, et que Pékin peut difficilement se priver de ces composants, soient-ils fabriqués à l’étranger.

Auteur de l’article : Léo Berry

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