Dans les pays pauvres, les séropositifs menacés par la crise sanitaire

En Éthiopie, une experte du planning familial conseille une patiente | Photo : USAID Ethiopia (CC BY-NC-SA)

Depuis la découverte du VIH, les personnes séropositives sont de mieux en mieux traîtées, même dans les pays les plus pauvres. Pourtant, la crise sanitaire limite désormais l’accès à ces soins, et causera une augmentation des infections au VIH. L’ONU estime que la pandémie pourrait mener jusqu’à 290 000 contaminations par le VIH supplémentaires, ainsi qu’à 148 000 morts du SIDA.

La tendance était pourtant bonne. Si le nombre de personnes vivant avec le VIH a augmenté de 50 % entre 2000 et 2018, passant de 24 à 37 millions, le nombre de morts liées au SIDA a diminué de moitié sur le même intervalle de temps, de 1,4 million en 2000, à 730 000 en 2018, tout comme les nouvelles contaminations, passant de 2,7 millions en 2000, à 1,7 million en 2018, selon l’ONUSIDA. La pandémie de Covid-19 remet cependant en cause cette progression et l’objectif déjà mal engagé de l’ONU, qui vise à mettre fin à la padémie de SIDA avant 2030.

La crise sanitaire met à genoux les systèmes de santé de beaucoup de pays africains et asiatiques, incapables de faire face à la demande. Nombre de patients atteints du VIH ne peuvent donc plus suivre leur traitement : hôpitaux débordés ou évités pour se prémunir du Covid-19, inégalités de traitements… Sur le long terme, les conséquences sur l’espérance de vie des séropositifs sont réelles. Dans une étude récente, publiée dans la revue The Lancet, les auteurs estiment que sans mesures de confinement fortes, les morts liées au VIH augmenteront jusqu’à 10 % lors des cinq prochaines années. En cause, l’arrêt momentané des thérapies antirétrovirales, qui permettent de retarder, parfois pendant des décennies, la progression du VIH en SIDA, mais également d’en réduire la transmission. Le dépistage du VIH, lui aussi indispensable pour prévenir la transmission du virus et son développement en SIDA, est également lourdement affecté pour les mêmes raisons.

Hausse des contaminations

La pandémie devrait également entraîner une hausse des infections au VIH au cours des prochaines années. Si elle rend les traitements moins accessibles, les moyens de prévention n’en sont pas moins impactés. L’accès à la contraception, indispensable pour endiguer la transmission du VIH, est aussi plus difficile. Mais les violences sexuelles envers les femmes sont également en hausse, comme le rapportent de nombreuses ONG. Au Malawi, la fermeture des écoles met nombre de jeunes filles dans une situation de vulnérabilité ; la baisse de vitesse de l’activité économique dans le pays conduit certaines femmes à se prostituer pour survivre, et incite les parents à faire marier leurs filles le plus vite possible. Autant de facteurs qui favorisent fortement la transmission du VIH, laissant craindre une augmentation de ces dernières.

Malgré ce coup d’arrêt, l’ONUSIDA souhaite re-enclencher la dynamique antérieure à la crise sanitaire, et de nouveaux objectifs sont déjà proposés à l’horizon 2025. Baisse des discriminations envers les personnes séropositives, accès de plus en plus large aux traitements… La réponse sera forte, mais la pandémie de Covid-19 est encore loin d’être terminée. Une vingtaire d’ONGs internationales se sont d’ores et déjà réunies au sein d’un collectif, de crainte que les pays pauvres ne bénéficient pas d’un vaccin contre le Covid-19 sans lequel les systèmes de santé ne pourront pas reprendre leurs activités de lutte contre le VIH efficacement.

Auteur de l’article : Léo Berry

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