Émeutes au Kazakhstan : les grandes puissances inquiètes

Depuis début janvier, le Kazakhstan est en proie à de violentes manifestations populaires, avec une situation politique très tendue. Les événements sont activement surveillés par les États-Unis, la France et la Chine, qui voient leurs intérêts économiques menacés.

De gauche à droite : Les drapeaux de Roscomos, des États-Unis, de la Russie, du Kazakhstan flottent près d’un site spatial. | Photo : Nasa Johnson (CC-BY-ND)

Le bilan des manifestations qui ont éclaté début janvier dans le pays est déjà conséquent, avec près de 245 morts et plusieurs milliers de blessés selon un décompte indépendant. L’augmentation des prix du gaz est la première cause de cette crise qui a débouché sur de violents affrontements avec les forces de l’ordre. Une hausse que la population peine à comprendre, alors que les réserves dupays sont gigantesques. Le gouvernement kazakh a abandonné le financement de l’exploitation du gaz, ce qui a provoqué cette envolée des prix. Celle-ci se fait désormais en très grande partie par la multinationale russe Gazprom. La situation dans les villes d’Almaty et Noursoultan (la capitale du pays) est alors rapidement devenue hors de contrôle. 

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Devant le début des émeutes, la Russie s’est rapidement emparée du dossier, voulant jouer le rôle de garde-fou contre les rebelles kazakhs. Vladimir Poutine s’est par la suite entretenu avec le président kazakh Kassim-Jomart Tokaïev, qui a autorisé Moscou à envoyer des troupes sur son territoire. Elles ont reçu l’autorisation de tirer sans sommation sur les manifestants. La décision est ensuite approuvée par les membres de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, groupe régional sous égide russe. Elle suscite toutefois la désapprobation d’une grande partie de la communauté mondiale. Les États-Unis et l’Union européenne ont appelé à mettre un terme aux violences. Le 14 janvier, la situation est redevenue stable dans les grandes villes.

L’uranium en ligne de mire

La France et les États-Unis espèrent que ces émeutes n’affecteront pas le cours des ressources naturelles. Première alerte, le prix de l’uranium kazakh a déjà grimpé de 8 % quelques heures après le début des manifestations. Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan reçoit fréquemment des investissements directs etrangers venant du monde entier. La matière première est nécessaire au fonctionnement des réacteurs nucléaires, qui produisent 10 % de l’électricité mondiale

Le producteur national Kazatomprom affirme que les manifestations n’ont pas influé sur son activité, mais les entreprises françaises présentes sur place restent à l’affût sur de potentiels blocages ou grèves. En effet, Paris dépense autour du milliard d’euros par an pour exploiter l’uranium, en grande partie au Kazakhstan, mais aussi au Niger et au Canada. 

La Chine a, elle, montré moins d'inquiétudes face à cette situation. Pékin s’est contenté de publier un communiqué félicitant le chef d’État kazakh, le 13 janvier. Xi Jinping, le président chinois, y félicite son homologue : « Vous avez pris des actions décisives et fortes au moment critique, […] ce qui a montré votre responsabilité et votre engagement en tant qu’homme d’État. »

Cette déclaration rassure Kassim-Jomart Tokaïev, les investissements chinois vont reprendre dans le pays après une suspension temporaire. Depuis le début des émeutes, la Chine est restée neutre, affirmant que la situation au Kazakhstan était une affaire intérieure. Nul besoin de s’y mêler, la répression allait être mise en place et la vie reprendrait. Objectif atteint pour la Chine, qui peut continuer d’entreprendre la mise en place des nouvelles routes de la Soie. De nombreux axes de communication sont en cours d’aménagement au Kazakhstan pour permettre aux marchandises chinoises de rallier l’Europe.

Pékin est satisfaite de cette tournure des événements, reprenant le contrôle sur le pays tout en ternissant l’image locale et internationale de la Russie qui a utilisé la force pour rétablir l’ordre. Un rapport de force qu’elle continue de faire croître à son avantage dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

3 commentaires sur “Émeutes au Kazakhstan : les grandes puissances inquiètes

    marchaljacques

    (18 janvier 2022 - 12:38)

    Ah, vous revoilà. Je suis content.

    marchal jacques

    (18 janvier 2022 - 19:01)

    Votre article ne m’a pas passionné mais je suis content de vous revoir

      Léo Berry

      (18 janvier 2022 - 19:11)

      Nous sommes également contents de vous revoir, Jacques !

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