En Chine, le flou autour des chiffres du recensement persiste.

Le dernier recensement de la population, publié par Pékin en mai dernier, a attiré l’attention de nombre de démographes et d’observateurs. Une partie de ces derniers doute des chiffres officiels, qui annoncent une population s’établissant à 1,41 milliard de Chinois.

Des étudiants chinois, photographiés en 2011 | Photo : EEAS (CC BY-NC-ND)

Avec un mois de retard, ce qui n’a pas manqué d’alimenter de nombreuses suspicions, les résultats du recensement de la population chinoise ont finalement été publiés en mai. Ce document, traditionnellement publié une fois tous les dix ans, permet de donner une vue d’ensemble de la population chinoise.

Un des chiffres les plus attendus était celui de la population totale. Il s’établit, selon le gouvernement chinois, à 1,41 milliard de Chinois, ce qui signifie que la population a continué d’augmenter durant la dernière décennie. Une augmentation qui reste cependant historiquement faible : durant la dernière décennie, la population chinoise aurait connu une croissance moyenne de 0,54 % par an. Cela équivaut à une augmentation de la population chinoise de 72 millions d’individus durant la décennie passée.

Les chiffres remis en cause

Ces chiffres du gouvernement chinois ont, dès leur publication, suscité le scepticisme de plusieurs spécialistes du pays. Interviewé par RFI, Steve Tsang, le directeur du China Institute of the School for Oriental and African Studies de l’Université de Londres, se dit très surpris des chiffres publiés. Pour ce dernier, Pékin aurait pu choisir de revoir les chiffres à la hausse, afin de ne pas perdre la face l’année du centenaire du Parti communiste.

Yi Fuxian, un médecin de formation qui écrit sur la démographie chinoise depuis plusieurs années, est lui beaucoup plus affirmatif. Il estime que le recensement est lourdement faussé, et que 130 millions de Chinois ont été comptés en trop. Selon lui, l’erreur massive viendrait de collectivités locales qui truquent les chiffres des inscriptions à l’école, les augmentant afin de toucher davantage de fonds public de la part de Pékin. Le recensement, qui se base sur ces chiffres, perdrait alors en précision.

« La tâche de recenser plus d’un milliard d’individus est titanesque »

Au milieu de différentes allégations et estimations, difficile de dire où se trouve la vérité. La tâche de recenser plus d’un milliard d’individus est titanesque, et doit prendre en compte une multitude de phénomènes sociaux et démographiques. Comptage des minorités, ancienne politique de l’enfant unique, pandémie de Covid-19 ont, entre autres, rendu le comptage des habitants plus compliqué qu’à l’accoutumée. Des difficultés qui pourraient également expliquer le mois de retard dans la publication des chiffres.

La démographie, défi de grande ampleur pour la Chine

Si Pékin et les observateurs prêtent autant d’attention aux données démographiques, c’est que le sujet est devenu central pour l’économie et la politique chinoise. Le vieillissement progressif mais certain d’une population chinoise qui peine à se renouveler fait peser le risque d’avoir, à terme, une proportion trop faible de la population en capacité de travailler. Il serait alors de plus en plus difficile pour les actifs de supporter le poids économique des retraites à payer pour la part la plus âgée de la population.

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Cela fait maintenant plusieurs années que le gouvernement chinois tente de réagir. Après avoir mis fin à la politique de l’enfant unique en 2016, ce dernier a annoncé, quelques semaines après la publication du recensement, que les couples pourraient désormais avoir jusqu’à trois enfants. Un début de politique nataliste trop mou et trop tardif pour changer la donne à moyen terme. La Chine devrait en effet voir sa population commencer à décliner dans les prochaines années.

Auteur de l’article : Léo Berry

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