En Corée du Nord, le manque de nourriture menace le pays

De l’aveu de Kim Jong-Un lui-même, la Corée du Nord fait actuellement face à une situation alimentaire qui se détériore de plus en plus. Manque de produits et de matériel agricole et mauvaises conditions climatiques ont durement frappé un secteur très en retard sur son temps.

Un fermier nord-corréen, accompagné d’une de ses vaches. | Photo : Nations Unies (CC BY-NC-ND)

La situation alimentaire en Corée du Nord semble alarmante. Selon un rapport récent de la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la production agricole nord-coréenne serait trop faible pour couvrir les besoins du pays. L’importation de 1,1 million de tonnes de céréales serait nécessaire pour que les Nord-coréens mangent à leur faim, mais le gouvernement ne prévoit d’en importer qu’autour de 200 000. Ce sont ainsi 860 000 tonnes de céréales — l’équivalent de 2,3 mois de consommation — qui viendraient à manquer.

En 2020, de mauvaises conditions climatiques et plusieurs typhons avaient déjà mis à mal les agriculteurs Nord-coréens. Si les conditions climatiques sont un peu plus clémentes cette année, les agriculteurs doivent faire face à un manque cruel de produits de première nécessité. Le pays, dépendant des importations chinoises, ne parvient pas à se fournir en engrais et en matériel agricole, la frontière entre les deux pays étant fermée du fait de la pandémie de Covid-19.

Agriculture archaïque

Sans engrais ou matériel agricole moderne, l’agriculture nord-coréenne se retrouve exsangue. D’après des sources locales, de nombreux fermiers ne peuvent même pas labourer leurs terres, ne possédant pas de machines, et trop peu d’animaux de trait. Ces derniers se plaignent également du modèle économique que Pyongyang leur impose. Forcés de vendre leur production à un prix trop bas, certains expliquent manquer de fonds nécessaires à la préparation des prochaines récoltes.

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Le faible rendement des exploitations agricoles incite le régime à se tourner vers une agriculture extensive, c’est-à-dire cultiver le plus de terres possibles. Les besoins en main d’œuvre sont par conséquent de plus en plus importants. Environ 14 000 femmes, volontaires selon la propagande du régime, ont ainsi été déplacées vers des zones rurales, où elles contribuent aux travaux agricoles. Des défenseurs des droits humains, eux, dénoncent un mécanisme de travail forcé mis en place par le régime nord-coréen.

Les prix s’envolent

Conséquence de la mauvaise production et de la difficulté d’importer des produits chinois, les prix de la nourriture se sont envolés sur les marchés. Les prix du riz et du maïs ont notamment connu des augmentations importantes ces derniers jours, notamment en province. Certaines sources locales rapportent des augmentations pouvant aller jusqu’à 67 %. Il semble cependant difficile d’obtenir des informations fiables et régulières sur les prix, dans ce pays considéré comme un « trou noir de l’information ».

Un présumé soldat nord-corréen semble charger des récoltes sur un véhicule. | Photo : NK News

À Pyongyang, la capitale en principe réservée aux élites et privilégiés du régime, la situation est aussi mauvaise. Les habitants, en partie dépendants des rations distribuées par le gouvernement, n’auraient pas reçu celles-ci depuis mi-avril. L’armée elle-même serait touchée par le manque de nourriture, seuls les cadres pouvant se permettre de se nourrir correctement, alors qu’une partie de celle-ci a été réquisitionnée pour travailler aux champs.

Lors d’une réunion avec des membres du Parti du travail, le 16 juin, Kim Jong-Un avait évoqué une situation alimentaire « Tendue ». Pointant du doigt les mauvaises conditions climatiques et catastrophes naturelles, le dirigeant a prévenu la population que la situation pouvait se muer en crise.

Auteur de l’article : Léo Berry

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