En eSwatini, les manifestations contre la monarchie continuent.

L’eSwatini, petit pays enclavé d’Afrique australe et dernière monarchie du continent connaît de violentes manifestations depuis la fin du mois de juin. La situation socio-économique catastrophique du pays et le manque de libertés individuelles continuent à alimenter une contestation d’une ampleur inédite.

Le roi de l’eSwatini, Mswati III, durant un voyage en Afrique du Sud en 2019. | Photo : Gouvernement sud-africain (CC BY-ND)

En eSwatini, le roi dirige tout. Mswati III, qui règne depuis 1986, le sait et n’hésite pas à en abuser. 8 % du budget de l’État est consacré à ses dépenses, alors que 58,9 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2016, et, qu’en 2019, 27 % était atteinte par le VIH. Les partis politiques sont interdits depuis 1973, les opposants contraints à l’exil sous peine d’être harcelés, emprisonnés, torturés ou tués.

La mort de Thabani Nkomonye, un étudiant, durant le mois de mai, a commencé à mettre le feu aux poudres. La police est suspectée d’être à l’origine de son décès, officiellement dû à un accident de la route. Au mois de juin, trois membres du parlement ont pour leur part demandé la formation d’un gouvernement démocratique. Ces derniers ont notamment plaidé en faveur d’une élection du Premier Ministre, actuellement nommé par le roi. De premières manifestations se produisent alors.

Répression meurtrière

Depuis, la contestation s’est renforcée et a attiré l’attention des médias internationaux, mais aussi des militants des droits de l’Homme. Menées par des syndicats mais également des partis politiques clandestins, ces manifestations ont été réprimées dans le sang par le pouvoir. Différentes estimations d’Amnesty International et de médias locaux parlent de 20 à 50 personnes tuées, d’autres individus ayant été emprisonnés ou torturés. En outre, l’accès à Internet a été coupé par le pouvoir, dans le but d’empêcher la propagation d’informations sur la situation sur place.

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Jusque-là, la contestation vis-à-vis du régime politique restait pourtant relativement discrète, du fait de l’importance de la répression. Quelques syndicats sont autorisés dans le pays, mais leur marge de manœuvre a été limitée. Le syndicat des enseignants swazis, premier syndicat du pays, a ainsi tenté à plusieurs reprises d’organiser des grèves en 2018 et 2019 pour protester contre le gel des salaires. La justice finira par les interdire, sans que les syndiqués ne puissent riposter. Les membres de ces syndicats sont régulièrement menacés de licenciements, voire emprisonnés ou torturés.

Le retour du roi

Alors que, depuis le début des manifestations, le roi n’était pas apparu en public, des rumeurs disaient que ce dernier avait fui le pays. Celui-ci est réapparu le 16 juillet, à l’occasion du Sibaya, une fête traditionnelle où les sujets portent leurs doléances à sa connaissance. Il en profita également pour annoncer un changement de Premier ministre, l’ancien titulaire du poste étant décédé en décembre.

Cette rencontre était aussi l’occasion pour le souverain de tester sa popularité, quelques semaines après le début de ces manifestations. L’opposition, elle, y a vu l’occasion idéale pour organiser une énième manifestation. Celle-ci, d’abord repoussée à coups de canons à eaux et de gaz lacrymogène, a également été ponctuée par des coups de feu. De son côté, Mswati III n’a pas hésité à qualifier cette démonstration de « satanique ».

Auteur de l’article : Léo Berry

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