En Jordanie, le tabagisme ne trouve pas de porte de sortie

Problème de santé publique depuis plusieurs décennies, le tabagisme ne diminue pas face aux restrictions gouvernementales. La crise sanitaire a au contraire amplifié ce fléau. 

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Fumer la cigarette, pratique commune dans le pouvoir jordanien à l’époque du roi Hussein. Photo : Government Press (CC-BY-SA)

Possédant un des plus hauts taux de tabagisme au monde, la Jordanie n’avait pas anticipé les effets destructeurs de la crise sanitaire sur les fumeurs. La pression psychologique des confinements a considérablement accru la dépendance et l’achat de cigarettes malgré la crise économique. En moyenne, près de 23 cigarettes sont fumées chaque jour par fumeur, représentant un budget mensuel de 425$. 

« Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Quand je suis enfermé chez moi entre quatre murs, le tabac m’apporte un confort psychologique ».

Les dernières données du pouvoir jordanien sur la consommation de tabac sont en progression constante, près de 80% des hommes fument de manière quotidienne. Ce tabagisme de masse affecte principalement la gent masculine, seulement 10% des femmes fument. Pour une habitante de la capitale, ces pratiques sont déjà ancrées dans les mœurs : « Mon mari n’a jamais arrêté de fumer ; qu’il soit heureux ou en colère, il a toujours une cigarette dans la bouche. A 41 ans, ses dents sont jaunes du fait de la nicotine ».

Un problème à traiter à la racine

Historiquement, la Jordanie est liée à la culture du tabac au Moyen-Orient. Avec des centres de production en Arabie Saoudite, Yémen etc. les cigarettes, shishas et hookah bénéficient d’une demande locale permanente. Après près de 9000 morts par an, les campagnes de sensibilisation face aux dangers du tabac sont inexistantes, la population doit s’en sortir par elle-même.

Un restaurant en Jordanie. Photo : Arabialife (CC-BY)

Certains habitants tentent de stopper cette dépendance avec l’aide d’un personnel de santé, mais sans réel succès. Un médecin jordanien explique que parmi ses 125 patients souffrant de dépendance au tabac, seulement 20% d’entre eux avaient réellement arrêter. Un échec cuisant que le gouvernement d’Amman ne peut compenser malgré les fortes restrictions mises en place. Depuis l’année dernière, la cigarette est prohibée dans les espaces publics clos, une décision loin d’être appliquée dans la réalité. 

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Dans un contexte de pandémie mondiale, le tabac provoque d’autres dangers selon l’Organisation Mondiale de Santé : « les fumeurs ont un risque plus important de développer une forme grave du Covid entrainant la mort ». La Jordanie se retrouve dans un cercle vicieux où la consommation de cigarettes augmente inexorablement, tout comme la probabilité pour la population d’être touchée par une forme grave du Covid-19. Le pays semble relativement épargné par le virus mais le constat inquiète la communauté internationale qui continue de produire des études afin de sensibiliser sur ce fléau.


Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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