Gibraltar : le rocher qui tient tête au Brexit

L’Europa Point Lighthouse, une attraction touristique à Gibraltar. | Photo : Michael Vadon (CC BY)

À Gibraltar, le Brexit est une affaire compliquée. Le minuscule territoire d’outre-mer britannique, situé à l’extrême Sud de l’Espagne, est bien sorti de l’Union Européenne. Mais il bénéficie d’ores et déjà d’un statut particulier.

4,1 % pour, 95,9 % contre. À Gibraltar, le débat sur le Brexit a tourné très court, lors du référendum de 2016. Il a pourtant bien fallu se plier au résultat national et quitter l’Union Européenne, le 31 décembre 2020. Mais Gibraltar s’en sort avec une pirouette, qui lui permet d’adopter un statut unique en Europe. L’enclave britannique a rejoint l’Espace Shenghen : la frontière et ses contrôles s’effacent. Plus exactement, c’est l’Espagne qui se chargera de l’application des règles de Schenghen. L’accord, trouvé quelques heures avant la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union Européenne, satisfait les locaux. Désormais, plus besoin de montrer son passeport pour franchir la frontière alors que cela était nécessaire avant le Brexit.

Point chaud diplomatique

Pour quelle raison l’armada diplomatique s’est-elle affairée à obtenir ce statut in extremis pour Gibraltar ? Le territoire, peuplé de 33 000 habitants et doté d’une superficie de 6 Km ² pourrait paraître négligeable. C’est pourtant tout le contraire. Gibraltar pèse depuis près de trois siècles sur les relations diplomatiques entre l’Espagne et le Royaume-Uni, depuis que les Britanniques en ont pris possession en 1713. Madrid, qui a longtemps cherché à contester la souveraineté britannique, a dû composer avec un Brexit inattendu et rejeté par la population locale.

L’issue, longtemps incertaine, laissait peser le doute sur les futures relations entre Gibraltar et le grand continent. Le temps où la frontière s’ouvrait ou se fermait au gré des positions diplomatiques est révolu depuis plusieurs décennies. Pourtant, l’avenir est désormais plus éclairé tant pour les Gibraltariens que les Espagnols qui travaillent au sein du territoire. 15 000 travailleurs espagnols se rendent en effet à Gibraltar pour exercer quotidiennement, et les locaux se rendent régulièrement en Espagne pour profiter du pays.

Intérêt économique et stratégique

Au-delà des raisons historiques et diplomatiques, le statut de Gibraltar est perçu comme digne d’intérêt car sa position est stratégique. Situé au large du détroit homonyme, le rocher est l’endroit rêvé pour surveiller la Méditerranée. Le détroit, point de passage primordial pour le commerce maritime, peut ainsi être surveillé par les forces britanniques. Le tout à X kilomètres de la métropole. Un avantage important que les Britanniques ne sont pas près de laisser filer. Gibraltar sert également depuis longtemps de base d’appui militaire. Après avoir joué un rôle dans la seconde guerre mondiale, l’exclave est désormais utilisée comme point de ravitaillement par l’OTAN.


Le détroit de Gibraltar, situé entre les côtes espagnoles et marocaines, est un point d’accès majeur à la Mer Méditerranée. | Photo : NASA (CC BY-NC)

L’économie de Gibraltar est également à son avantage, le rendant d’autant plus attractif. Ancien paradis fiscal, le rocher s’est réconcilié avec l’OCDE, qui l’a retiré de sa liste de paradis fiscaux non coopératifs. Le régime fiscal y reste néanmoins très avantageux, et attire nombre de particuliers et d’entreprises, notamment dans le domaine financier.

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Dès lors, une autonomie accrue, voire une indépendance est-elle envisageable pour Gibraltar ? Rien n’est moins sur. Gibraltar possède en effet déjà sa constitution ainsi que son parlement, et ses partis politiques locaux. Malgré le Brexit, auquel la population était très fortement opposée, l’indépendance n’est pas à l’ordre du jour pour le moment. Attention tout de même, car le gouvernement britannique doit composer avec la poussée indépendantiste en Écosse. S’il organisait un nouveau référendum d’indépendance en Écosse, il se révélerait difficile de le refuser à Gibraltar si la population le demandait.

Pour aller plus loin, vous pouvez vous référer à l’analyse de Jérémy Brzenczek, qui a servi à la rédaction de cet article.

Auteur de l’article : Léo Berry

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