Japon / Corée du Sud : l’impossible coopération ?

Malgré des intérêts qui convergent souvent, la Corée du Sud et le Japon ont de plus en plus de difficultés à coopérer, tant en matière économique que militaire. Les États-Unis, alliés historiques des deux pays, essaient tant bien que mal de rapprocher ces deux partenaires stratégiques importants. Une rencontre a été organisée le 2 avril pour discuter de la sécurité régionale.

Dans un magasin sud-coréen, un sticker incite à boycotter les produits japonais, en 2019.

Il s’agit là d’un des dossiers importants pour la nouvelle administration Biden. En mars et en avril, deux rencontres ont été organisées entre la Corée du Sud, les États-Unis, et le Japon. Le but : resserrer les relations entre deux voisins alliées de longue date des États-Unis, mais qui se méfient de plus l’un de l’autre.

En mars, le responsable des affaires étrangères américaines, Anthony Blinken, et le responsable de la défense Lloyd Austin ont rencontré leurs homologues japonais et coréens. En avril, des officiels des trois pays se sont rencontrés pour échanger sur la sécurité régionale, la pandémie de Covid-19, et le changement climatique. Alors que l’administration Trump avait laissé la relation entre Japon et Corée du Sud se dégrader, l’approche américaine est désormais beaucoup plus volontariste.

Différends historiques

Un des points de blocage les plus importants dans les relations sino-coréennes est d’ordre historique. L’héritage de la colonisation japonaise de la Corée, de 1905 jusqu’à la capitulation du Japon en 1945, est toujours sujet à controverse. Un sujet crispe notamment les opinions publiques des deux pays, et par conséquent leurs relations.

Le travail forcé, imposé par le Japon à des travailleurs coréens durant la colonisation, est toujours sujet à controverse. Des tribunaux sud-coréens ont exigé de certaines entreprises japonaises, qui avaient bénéficié de ce travail forcé, qu’elles indemnisent les victimes ou leurs descendants, ce que le Japon refuse de faire. Malgré des accords passés en 1965, qui ont conduit à des excuses et une compensation financière du gouvernement japonais, beaucoup de travailleurs forcés s’estiment toujours lésés.

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Ce différend conduit à des tensions politiques récurrentes entre les deux pays, et revient régulièrement sur le devant de la scène. La coopération économique est directement impactée. En réponse aux condamnations des tribunaux coréens, le Japon a restreint certaines exportations coréennes en 2019. Depuis, la coopération économique et commerciale entre les deux voisins s’est fortement dégradée, entre nouvelles formalités administratives et restrictions imposées de part et d’autre. En Corée du Sud, un boycott a même été mis en place à l’encontre des produits japonais.

Points de convergence

Malgré tout, des intérêts communs importants permettent à la Corée du Sud et au Japon de trouver des terrains d’entente. La Corée du Nord, ouvertement hostile envers les deux pays, est un facteur de risque pour Séoul comme pour Tokyo. C’est pourquoi ils coopèrent, en organisant des exercices militaires conjoints et en partageant des renseignements relatifs à la Corée du Nord. Il s’agit de la coopération la plus poussée entre les deux pays.

La « Zone démilitarisée », à la frontière entre Corée du Sud et Corée du Nord. Dans les faits, la frontière est l’une des plus militarisées au monde. | Photo : Uwe Brodrecht (CC BY-SA)

Pourtant, d’autres raisons de coopérer existent, mais ne débouchent sur aucune aide mutuelle, d’après le chercheur Cheol Hee Park. Les deux pays ont des différends avec la Chine et la Russie, avec qui le Japon a des différents territoriaux en mer de Chine orientale et dans l’archipel des Îles Kouriles. La Corée du Sud, quant à elle, subit des pressions économiques de la part de la Chine, qui s’inquiète du dispositif défensif mis en place pour faire face à la Corée du Nord.

La Corée du Sud n’a pas rejoint le Quad, une alliance qui regroupe les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie. Le groupe informel, qui prend de plus en plus d’importance, a pour objectif principal de contrer l’influence grandissante de la Chine dans la région. Si les objectifs du Quad s’alignent avec les intérêts sud-coréens, Séoul ne souhaite pour le moment pas mettre en danger ses relations avec la Chine en y prenant part.

Auteur de l’article : Léo Berry

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