La pauvreté extrême a-t-elle vraiment été éradiquée en Chine ?

Le 25 février 2021, le président chinois Xi Jinping s’est félicité d’avoir éradiqué la pauvreté extrême en Chine. Un « succès sans précédent », pour le chef d’État. Mais, si la croissance économique dont la Chine a bénéficié a permis de sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté, l’affirmation mérite d’être nuancée.

Xi Jinping à Kigali, le 23 juillet 2018. | Photo : Paul Kagame (CC BY-NC-ND)

C’est devenu un des arguments préférés du Parti communiste chinois (PCC). Depuis novembre 2020, le parti, qui célébrera ces 100 ans cet été, médiatise ce qu’il considère comme un succès retentissant. En une décennie, les 100 derniers millions de Chinois vivant dans l’extrême pauvreté en seraient sortis.

D’après l’appareil de propagande du PCC, Xi Jinping, au pouvoir depuis 2012, en est le premier responsable. Un narratif qui permet au dirigeant de rassembler autour de lui et d’affermir son emprise sur le pouvoir. Pour une partie des observateurs, le gouvernement chinois n’étant pas élu, présenter de bons résultats économiques à la population est primordial pour susciter l’adhésion.

Des chiffres à mettre en perspective

L’affirmation portée par Xi Jinping et le PCC mérite d’être remise en perspective. Si l’on s’en tient à la définition d’extrême pauvreté par la banque mondiale − vivre avec 1,9 dollar par jour ou moins −, la Chine semble avoir gagné son pari. En 2016, 0,5 % des Chinois vivaient sous ce seuil de pauvreté, selon la banque mondiale, soit environ 7 millions de personnes.

Le gouvernement chinois utilise un seuil légèrement supérieur, à 2,3 dollars par jour. Mais pour l’économiste Indermit Gill, ni l’un ni l’autre de ces seuils ne sont appropriés. La Chine est désormais un pays avec un niveau de vie élevé, et un seuil d’extrême pauvreté fixé à 5,5 dollars serait plus pertinent. Près d’un quart des Chinois se trouvaient en-deça de ce seuil en 2016, toujours selon la Banque mondiale, soit 335 millions de personnes.

Plus d’un milliard de Chinois vivaient toutefois sous ce seuil en 2002. La forte croissance chinoise durant les dernières décennies a permis d’élever rapidement le niveau de vie de la population. Mais, contrairement à ce qu’affirme le PCC, les problèmes liés à la pauvreté extrême sont pas encore entièrement résolus, si l’on utilise des indicateurs adaptés au contexte économique chinois.

Les inégalités au cœur du problème

Une des clefs du problème tient aux fortes inégalités ayant accompagné la forte croissance chinoise. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités économiques, nous permet de nous en rendre compte. Situé entre 0 (égalité parfaite) et 100 (inégalité maximum), il était de 38,5 en Chine, en 2016, selon la Banque mondiale. Légèrement en deçà des États-Unis (41,1), mais devant la France (31,9).

PaysCoefficient de gini (0 = égalité parfaite ; 100 = inégalité maximum)
États-Unis41,1
Chine38,5
France31,9
Brésil53,3
Données : Banque Mondiale (2016)

Pour l’économiste française Mary-Françoise Renard, les inégalités concrètes restent multiples. D’abord entre ruraux et urbains, les ruraux étant plus fréquemment pauvres. Entre individus, et entre provinces. Les provinces côtières bénéficient davantage du commerce extérieur, alors que les provinces de l’Ouest et du centre se retrouvent davantage enclavées, et sont plus pauvres. Une véritable fracture économique, que le gouvernement essaie de combler depuis plusieurs années.

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En outre, ces inégalités ont tendance à se perpétuer, rendant la sortie de la pauvreté d’autant plus difficile. En Chine, la qualité de l’éducation est fortement liée aux revenus des parents. Il sera donc plus difficile pour un enfant de parents pauvres d’obtenir une éducation de qualité, et un emploi assez rémunérateur pour sortir de la pauvreté.

L’après Covid-19

Malgré la pandémie de Covid-19, qui a porté un coup d’arrêt momentané à l’économie chinoise, le gouvernement cherche à poursuivre ses efforts face à la pauvreté. Des aides que peu d’autres pays pourraient se permettre de distribuer, mais qui ne résolvent toujours pas l’intégralité du problème.

À travers des prêts sans intérêts, des hausses de salaire ou des dons d’animaux aux fermiers, le gouvernement espère améliorer le quotidien des habitants les plus pauvres. Mais des accusations de clientélisme et de corruption mettent en lumière la difficulté de distribuer ces aides de manière transparente et ordonnée.

Auteur de l’article : Léo Berry

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