La Turquie au bord du gouffre économique ?

Après un nouveau confinement décrété dans le pays pour trois semaines, le gouvernement turc doit de nouveau reprendre le contrôle de l’épidémie. De nouvelles restrictions qui viennent encore alourdir une économie en chute libre. 

Le président Recep Tayyip Erdoğan au coeur des critiques. Photo : Kremlin

Depuis plusieurs semaines, la population se dit mécontente et inquiète devant les indicateurs économiques qui se dégradent. Si le phénomène était déjà observable avant la crise sanitaire, l’inflation dans le pays se confirme et s’amplifie davantage. La lire turque atteint également des records, elle a chuté de moitié par rapport à l’euro.

Le pouvoir sans solution

Pourtant, les autorités turques ne cèdent pas à la panique et tentent de rassurer la population sur l’arrivée de signaux positifs. La situation est loin d’être si optimiste et les institutions économiques sont loin d’être transparentes.

Les mesures prises par la Banque Centrale turque n’ont de cesse de faire débat, mesures prises principalement sous l’œil de la vigie Erdoğan selon l’économiste Timothy Ash[1] : « Comment quelqu’un peut-il se fier aux conseils avancés de la Banque Centrale alors que nous savons que leur politique est définie dans le palais présidentiel ? » se demande-t-il . Les décisions économiques prises par le chef de l’État turc sont lourdes de conséquences, lui qui a bâti sa stature présidentielle grâce à son programme économique. Une situation délicate à gérer pour le pouvoir, il doit désormais redresser le pays rapidement malgré de nombreuses pressions extérieures. 

Sortir de cette situation par ses propres moyens

Le régime d’Ankara ne souhaite absolument pas se faire aider sur ses prises de décisions économiques, un signe de faiblesse pour l’image à l’international. Pour cela, les élites turques font le nettoyage dans le pays pour tout ce qui viendrait amplifier l’inflation. Le taux directeur, c’est-à-dire le taux d’intérêts après un emprunt, a été maintenu à 19% par la Banque centrale afin de faciliter la désinflation et la crypto monnaie a été éradiquée, soupçonnée d’avoir ruiné de nombreux habitants.

Taux d’inflation en Turquie par mois. Source : Trading economics

Ces mesures ont été prises il y a quelques semaines mais aucune amélioration n’a pour l’instant été observée. Selon plusieurs économistes, l’inflation n’a pas encore atteint son pic et elle ne baissera qu’à partir du troisième trimestre. Le pouvoir reste pourtant sur ses positions, Erdogan semble faire la sourde oreille devant les recommandations européennes et internationales.

L’Union européenne appelle depuis plusieurs années à réformer les institutions économiques qui sont loin d’être indépendantes et attrayantes. Principale source de commerce pour l’État turc, l’UE fait pression et utilise ces recommandations comme conditions nécessaires aux négociations sur des sujets géopolitiques ou énergétiques. Le président Erdoğan refuse ces négociations, le chef d’État préfère se tourner vers l’Est pour nouer des relations économiques.

Trouver des alliés de confiance

Sur le plan international, l’ancienne Asie Mineure s’est fortement rapprochée de l’Asie Centrale et de l’Asie de l’Est afin de relancer son économie. Des pays comme l’Ouzbékistan ou le Turkménistan sont par ailleurs turcophones, une caractéristique qui facilite les négociations. Actuellement, la Turquie jouit de bonnes relations avec l’Asie Centrale, permettant ainsi de développer le commerce et d’offrir des débouchés pour les entreprises turques.

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En outre, la Chine s’est trouvée de nombreux intérêts communs avec la Turquie, particulièrement pour sa localisation géographique. Le projet des « Nouvelles Route de la Soie » veut passer par la Turquie, ce qui permettrait à cette dernière de développer son économie. Des alliés de confiance pour le régime d’Ankara puisque ces pays ont plus que résisté à la pandémie de Covid-19. Ils continuent de développer leur croissance économique chaque trimestre, un rêve encore irréalisable pour la Turquie. 

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

1 commentaire sur “La Turquie au bord du gouffre économique ?

    marchal jacques

    (14 mai 2021 - 18:35)

    De par sa localisation; la Turquie est sans doute naturellement plus attirée par l’Asie que par l’Europe. N’est-ce pas un danger pour l’Europe ?

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