L’Afrique peut-elle encore lutter contre la désertification ?

Lors du One Planet Summit survenu en début de semaine, une charte d’engagement a été signée par plusieurs centaines d’acteurs français et internationaux sur la protection de la biodiversité africaine. Pourtant, la désertification n’a de cesse d’éclipser cette dernière.

La sécheresse comme facteur accélérateur de désertification. Photo : Vinz Sigurdsson (CC-BY-ND-SA)

Un constat accablant pour les populations locales

Selon une étude de l’Université du Maryland, le désert du Sahara s’est étendu de 10% par rapport au siècle dernier. L’expansion tend à s’accroitre davantage ces dernières décennies, le Niger, pays au cœur du Sahel, a perdu plus d’un tiers de sa surface forestière en seulement 15 ans. Dans une région déjà semi-aride voire aride, le climat actuel ne fait que renforcer ce phénomène. Présentées dans la revue The Nature, les conséquences climatiques ont provoqué de multiples changements sur les écosystèmes : une évolution croissante des températures, des sécheresses de plus en plus fréquentes, érosion des sols etc. Les populations nomades comme implantées dans des villages ne peuvent plus vivre dans ces conditions, les obligeant à remonter vers l’Europe ou dans les grandes villes africaines. Le risque n’est pas à minimiser, les Nations Unies parlent de 135 millions de personnes qui risquent d’être déplacées à cause de la désertification dans le monde.

Vulnérabilité à la désertification en Afrique. Source: Land Resource Stresses and Desertification in Africa

Paradoxalement, la désertification ne touche pas que les régions en périphérie de ces déserts. En Afrique subsaharienne malgré un climat tropical et une forte zone forestière, l’économie de la région est frappée de pleins fouets par cette aridité continue. Dans cette économie africaine, l’agriculture prend une place prépondérante pour les populations locales, la vie et le travail de ces peuples dépendent du bon déroulement des cycles agraires.


Relancer une économie étroitement dépendante des récoltes agricoles

Exploiter les terres au Sahel et dans les zones arides demande une réelle maitrise de l’agriculture et une grande confiance dans les aléas climatiques. L’eau en est d’ailleurs un exemple concret, un sujet hautement complexe de par sa rareté et son utilisation. Les agriculteurs sahéliens ne peuvent se permettre d’utiliser leur irrigation en quantité, quand bien même cela pourrait leur offrir un meilleur rendement. L’agriculture étant le secteur qui embauche le plus, les maigres récoltes sont souvent la seule source de revenus pour la famille.

Les pouvoirs sur place tentent toutefois d’endiguer ce désastre économique malgré le manque de moyens. La gestion durable des ressources naturelles est un des axes de réforme qui gagne en popularité dans les politiques locales, mais elle ne pallie pas complètement les sécheresses imprévisibles. Restaurer les terres arables devient alors le principal objectif pour l’Afrique afin de limiter les ravages des sécheresses. Le projet lancé en 2007 par l’Union Africaine d’une « Grande muraille verte » n’a été oublié, il a même été relancé.

Tracé de la Grande muraille verte. Carte : SotaLCB2416 (CC-BY-SA)

Ce vaste plan pour restaurer les terres arables du Sahel est né du constat de la désertification grandissante dans les années 2000. Aux prémices, le projet consistait à reboiser massivement le Sahel, mais il s’est transformé en un programme de développement des espaces ruraux et pratiques agraires. Lors du One Planet Summit, Emmanuel Macron et de nombreux investisseurs ont ratifié une enveloppe de 10 milliards d’euros sur la période 2021-2025 afin de financer ce projet de Grande muraille verte. Cependant, cette initiative environnementale est loin de montrer la réalité du système agricole africain, qui selon Emile et Christine Frison «est à repenser en profondeur».


Une désertification plus humaine que naturelle

Une théorie menée par la revue Frontiers in Earth Science veut prouver que les hommes sont à l’origine ou du moins des éléments actifs de la désertification et de l’apparition du Sahara. Depuis les années 1970 avec la conférence des Nations Unies sur la désertification à Nairobi ou le sommet en 1992 à Rio, la cause humaine a gagné en crédibilité quant à son impact sur l’aridité de l’Afrique.

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Contrairement aux idées reçues, la désertification ne signifie pas un ensablement mais une dégradation des sols détruisant la végétation environnante. Il paraît donc évident que l’agriculture soit considérée la première cause de cette exploitation des terres. L’eau, ressource si précieuse est pourtant surexploitée dans les nappes souterraines, et les précipitations annuelles sont loin de combler cela. Le système agricole est lui aussi facteur d’aridité, le déboisement était monnaie courante au XXe siècle pour étendre les surfaces agricoles, l’usage de pesticides est quant à lui toujours d’actualité afin de lutter contre les invasions de criquets pèlerins. La biodiversité africaine se retrouve délaissée, encastrée entre deux parcelles, de quoi éveiller certaines voix. Le Secrétaire exécutif de la lutte contre la désertification pour l’ONU s’est exprimé récemment sur ce modèle agraire énergivore en ressources naturelles.

«Si nous continuons à produire et consommer comme d’habitude, nous épuiserons la capacité de la planète à maintenir la vie, jusqu’à ce qu’il ne reste que des déchets. Nous avons tous besoin de faire de meilleurs choix.»

Ibrahim Thiaw

Le combat contre la désertification peut sembler vain, les conséquences environnementales inarrêtables. Seulement, les sommets internationaux autour de l’environnement s’intensifient, et les moyens financiers semblent débloqués pour freiner cette aridité.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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