L’armée turque en action, entre intervention et répression

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Présence de l’armée turque à Al Eis. Photo : Qasioun News Agency

Malgré un confinement renforcé par le président Erdoğan ces derniers jours, l’armée turque reste opérationnelle et active. Parallèlement au maintien de l’ordre exercé dans le pays, les forces armées sont mobilisées sur différents conflits extérieurs, rendant les tensions diplomatiques de plus en plus sensibles.


Classée 11ème armée du monde en 2020 selon Globalfirepower, Recep Tayyip Erdoğan en fait une source de fierté nationale. La Turquie dispose d’un effectif militaire conséquent, plus de 991 500 personnes (réservistes compris) selon les derniers chiffres datant de 2016. Grâce aux 25 milliards de dollars investis dans l’armée en 2020, la politique militaire a pu se doter de nombreux équipements de pointe, en particulier les drones. Nouvellement utilisés dans les guerres, ces drones turcs ont fortement soutenu l’avancée des troupes azéris dans le Haut-Karabagh.

Pour M. Le Drian, la présence de jihadistes parmi les mercenaires syriens  envoyés en Libye par Ankara est vraisemblable | Zone Militaire
La Turquie en soutien aux troupes azéries. Photo : ANF

Cette influence militaire à distance sans déploiement de réelles troupes turques a permis au dirigeant turc de déployer ses forces sur d’autres fronts, en Libye et en Méditerranée Orientale. La Turquie s’est affirmée ces dernières années en Libye, aux côtés du gouvernement libyen face à l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar. Si le déploiement de troupes turques est important dans la région, l’Etat d’Ankara fait souvent appel au mercenariat. Dans le Haut-Karabagh comme en Libye, l’utilisation de mercenaires syriens, turcs et libyens permet à la Turquie de préserver son armée nationale tout en se déresponsabilisant des violences orchestrées par ces derniers.

Les avancées militaires turques inquiètent les belligérants de ces conflits comme la France, l’Arménie, et la Grèce. Malgré les avertissements à répétition envoyés à la République Turque, Erdoğan ne semble guère se soucier de ces remarques. La marine turque continue de patrouiller autour de Chypre, île déjà ébranlée par les querelles incessantes entre chypriotes Grecs et Turcs.

L’armée turque s’est développée dans la région, multipliant les fronts à but géopolitique, mais elle n’est pas moins active dans le pays, elle continue de perpétuer les répressions contre les minorités ethniques et les opposants au pouvoir.

Un despotisme intérieur

Depuis la tentative de coup d’Etat en 2016, le régime turc s’est endurci pour garder une certaine stabilité politique. L’armée, premier élément déclencheur de cette révolte a été la première réprimée par le président Erdoğan. Quatre ans après ce soulèvement, le chef d’Etat a licencié 30 généraux lors du Conseil Militaire Suprême l’été dernier. La contestation du pouvoir a fortement aigri Recep Tayyip Erdoğan qui s’engage depuis plusieurs années dans différentes purges. Dans l’armée, la politique, la justice, la répression est au pied d’œuvre remplaçant ainsi plusieurs milliers de juges, procureurs et généraux, souvent au profit de personnalités sympathisantes au pouvoir.

Manifestations à Istanbul durant le soulèvement de 2016. Photo : Maurice Flesier (CC-BY-SA)

La dérive autoritaire du pouvoir turc ne s’arrête pas là, elle souhaite évincer et limiter au mieux les pouvoirs des minorités ethniques. La question kurde est un sujet sensible, une contestation accrue contre le pouvoir, traitée avec fermeté par l’armée et le pouvoir exécutif turc. Sur le plan politique, le 25 septembre, une vague d’arrestations a été orchestrée contre des membres d’un parti kurde (le HDP) qui demandaient des élections présidentielles anticipées. Sur le plan militaire, le dialogue est inexistant entre le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et l’armée turque qui s’affrontent depuis plusieurs décennies, laissant plusieurs centaines de villages à l’abandon, en Turquie comme en Irak.

Finalement c’est une véritable traque qui est ordonné par le régime d’Ankara visant à sanctionner toute personne contestant le pouvoir turc. Les partisans d’Erdoğan restent cependant nombreux, certains affirmant comme le président la nuisance des contestataires du pouvoir :

« La lutte doit continuer ! Ces traîtres à la patrie doivent être condamnés aux plus lourdes peines. Ils doivent payer le prix de leur trahison»

Réaction d’un partisan pro-Erdoğan sur l’arrestation de membres du mouvement Gülen (2020)

L’armée turque se voit attribuer un double enjeu, celui d’intervenir militairement dans la région pour y affirmer la puissance géopolitique de la Turquie, et celui d’assurer le bon fonctionnement du pouvoir après la rébellion en 2016. L’armée s’est vue renforcée ces dernières années pour parvenir aux attentes d’Erdoğan, qui continue de développer sa politique militaire, souvent au risque de tensions diplomatiques et civiles.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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