Le coton turkmène, une production contestée

Le Turkménistan, pays d’Asie Centrale de 488 000 km² est plus qu’épargné par la crise sanitaire (aucun cas recensé selon la John Hopkins University le 24 avril). Les compétitions sportives reprennent dans le pays, et la culture du coton continue, étant l’un des moteurs économiques du pays.

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Après avoir beaucoup irrigué les plants de coton, l’heure de la récolte commence. Source : IMG

Une production croissante et centralisée

Bien que le Turkménistan soit connu pour ses réserves de gaz, la cinquième mondiale, le pays mise également sur le domaine agricole et principalement les récoltes de blé et de coton. En 2017, l’export du coton turkmène est 9ème dans le monde (rapport de l’Obervatory of Economic Complexity). A contrario, l’importation du coton elle, est marginale (159ème ), le Turkménistan n’étant pas tourné vers le textile. Cette production cotonnière est en augmentation ces dernières années, aux vus des chiffres énoncés par le chef de l’État. En effet, le gouvernement base sa production sur l’élaboration d’un plan annuel avec un certain rendement, comme au temps de la période soviétique. Les terres cultivées appartiennent toutes à l’État et les agriculteurs en sont les locataires (90% des travailleurs au Turkménistan travaillent pour le gouvernement). Ainsi ils sont obligés de planter ce que le gouvernement ordonne, et de remettre toute leur récolte au chef de l’État à un prix fixe. En outre, cette expansion du coton est faite aux dépens du blé, ce qui entraîne une pénurie de farine et de pain au Turkménistan. Le pays serait obligé d’importer des céréales du Kazakhstan pour pallier à ce manque. De plus, ces récoltes de coton suscitent aujourd’hui de nombreuses critiques dans le monde, les conditions de travail dans les champs.

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Les enfants et parfois les parents travaillant dans les champs. Source : RFE

Une situation préoccupante pour les travailleurs

Cette centralisation de la production suscite de nombreuses contestations sur le statut des travailleurs. Effectivement, lors de la période des récoltes, le gouvernement turkmène recrute des enfants afin d’atteindre le quota annuel. En dépit des lois internationales sur la protection de l’enfant, les enfants turkmènes quittent l’école pendant plusieurs semaines afin de ramener un peu d’argent à la famille. Le média Radio Free Europe avait rapporté un témoignage d’une jeune fille turkmène sur ses conditions de travail : « Chaque jour, je collecte entre 27 et 31 kilos de coton, au prix de 7 cents le kilo ». Cette situation, vécue par de nombreuses autres travailleurs entraîne un arrêt des institutions, des établissements de santé en sous-effectifs, des écoles fermées etc.

Ces observations de plus en plus nombreuses ont affecté l’export du coton turkmène, notamment car en 2018, les États-Unis ont banni l’importation de coton venant de ce dernier. Toutefois, le gouvernement est conscient de ces problèmes et souhaite y remédier avec l’organisation d’une conférence internationale afin de mieux faire valoir les droits des travailleurs dans les champs : Turkmenistan and international organizations: cooperation for peace and development. Dans une région où l’Ouzbékistan est le leader du coton, le Turkménistan essaie de faire sa place afin de relancer son économie. Construit autour d’un programme agraire et énergétique, le Turkménistan espère stabiliser son économie alors que le pays compte parmi les plus corrompus du monde.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

1 commentaire sur “Le coton turkmène, une production contestée

    Guy Marchal

    (26 avril 2020 - 15:45)

    Sujet pointu, sur un thème pas très réjouissant mais l’intérêt c’est d’en parler. Il reste maintenant à y aller faire des reportages…

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