Le Haut-Karabakh, l’échiquier d’une partie insoluble

Après plus d’une semaine d’affrontements incessants, la situation est figée : l’Arménie souhaite négocier et l’Azerbaïdjan, récupérer ce qu’il considère comme son territoire.

Carte de l’Azerbaïdjan et de la position enclavée du Haut-Karabakh

Cette région du Haut-Karabakh outre le fait de subir des combats militaires, porte sur elle le poids d’une grande animosité aussi bien historique qu’actuelle. Les engrenages s’enclenchent, les alliances se forment, le but de la mission est clair : éteindre cette affaire. La situation devient incontrôlable, une sortie en douceur parait difficilement envisageable, d’autant que de fortes tensions existent entre alliés azéris et forces arméniennes. Cette configuration ressemble plutôt à une équation incalculable.

Une situation incontrôlable, un cessez-le-feu presque impossible

Les conflits dans le Haut-Karabakh ont entraîné plusieurs centaines de morts, plusieurs milliers de réfugiés (bilan provisoire) et plus de 50% de la population qui a quitté la région pour l’Arménie. Depuis presque deux semaines, les séparatistes arméniens et les forces azéries utilisent leurs forces militaires provoquant de nombreux dégâts dans la région. La semaine dernière, la population de la ville de Stepanakert (55 000 habitants) a dû se réfugier à 7 heures du matin dans les sous-sols de la ville afin d’éviter les tirs de roquette. De nombreuses autres armes sont utilisées (drones, véhicules blindés, tirs de mortiers etc.) nuit et jour dans les deux camps, contraignant la population à se ravitailler pendant les quelques moments d’accalmie avant de retourner dans les sous-sols.

Actuellement, les conflits armés semblent s’être calmés, mais la guerre continue diplomatiquement. Le Premier Ministre arménien Pachinian et le Président azéri Aliyev diffusent régulièrement des allocutions et postent sur les réseaux sociaux de nombreux vidéos où ils dénoncent les violences orchestrées par le camp opposé.

Euronews a pu interviewer les deux chefs d’Etat où l’émission est à l’image du conflit, des accusations constantes et un refus de cesser les conflits tant que justice n’a pas été faite.

Les positions de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie sont représentées dans ces deux citations, l’une du président azéri, l’autre du gouverneur du Haut Karabakh :

« C’est la fin. Nous leur avons montré qui nous sommes. Nous les chassons comme des chiens »

Ilham Aliyev, président de l’Azerbaïdjan

« C’est notre ultime bataille, nous la gagnerons ensemble ! Je suis avec vous jusqu’à la victoire. Aux armes ! »

Arayik Haroutiounian, président de la région du Haut-Karabakh

Une attaque préméditée

L’origine de ce conflit remonte au 27 Septembre, mais il est plus difficile d’en définir les causes. Certains parlent d’une tension constante qui a fini par éclater, d’autres d’une volonté propre de l’Azerbaïdjan. Les deux semblent nécessaires pour en comprendre les fondements. Effectivement, depuis plusieurs années voire plusieurs décennies, ce territoire du Haut Karabakh se retrouve confronté à de nombreux affrontements. Toutefois, ces combats semblaient plus isolés que dans le cadre d’une politique d’Etat. Le dernier grand conflit en date remonte en 1992 où les Arméniens avaient justement pu garder ce territoire, mais non sans laisser un sentiment amer aux Azéris.

Ce choc actuel apparaît cependant sous l’impulsion de l’Azerbaïdjan, notamment sur la volonté d’ouvrir le feu. Ces dernières semaines, le pays a reçu la visite de plusieurs avions militaires contenant de nombreuses armes militaires dernier cri venant principalement de Turquie et aussi d’Israël. La Turquie étant très proche du régime de Bakou , cette dernière n’a pas hésité pas à former les militaires azéris, et à envoyer ses propres combattants sur place (à l’image des mercenaires syriens). En regardant à plus grande échelle, on se rend compte que tout était fait pour que ces combats armés aient lieu.

Un conflit qui prend des dimensions continentales 

Ce conflit initialement interne a rapidement connu une expansion régionale. Après l’invasion de l’Azerbaïdjan le 27 Septembre dans le Haut-karabakh, la communauté mondiale a réagi de différentes manières. Certains dénoncent et demandent un arrêt immédiat des combats comme l’OTAN : « nous devons soutenir tous les efforts visant à trouver une solution pacifique et négociée ». Elle est également aidée par la Russie, décision assez surprenante : « Vladimir Poutine a de nouveau insisté sur la nécessité d’un arrêt immédiat des opérations de combat », annoncée par le Kremlin. Dans une position plus discrète en dépit de sa proximité au conflit, l’Iran ne veut pas être mêlé à ce conflit : « Toute intrusion sur le territoire de notre pays par l’une ou l’autre des parties au conflit est intolérable », malgré une forte population azérie et arménienne en moindre proportion.

File:Ilham Aliyev and Recep Tayyip Erdogan attended the parade dedicated to  100th anniversary of liberation of Baku 11.jpg - Wikimedia Commons
Les deux chefs d’Etat de l’Azerbaïdjan et de la Turquie liés par de nombreuses liens, dont la langue. Photo : Presse présidentielle (CC-BY)

Finalement, il n’y a qu’une puissance qui a annoncé son plein engagement dans le conflit, la Turquie. Le régime d’Erdogan a déclaré à son homologue azéri une aide morale, économique et surtout militaire. En effet, plusieurs armes aériennes ont été identifiées comme turques. Cette entrée d’Ankara face au pouvoir d’Erevan provoque la fureur de l’Etat arménien et des Arméniens, remettant sur la table le génocide de 1915. Les deux camps se haïssent, aussi bien pour les Arméniens que pour les Turcs : « l’Azerbaïdjan se bat sur ses propres terres qu’elle essaie de reprendre à des terroristes et des occupants », déclaration du président turc. L’Arménie espère avoir la communauté mondiale de son côté, mais cette dernière ne soutient aucun camp et n’a pas infligé de sanctions à l’Azerbaïdjan et/ou à la Turquie.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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