Le Maroc coupe les ponts avec l’Espagne

Ce mardi, les dirigeants marocains ont exclu l’Espagne des liaisons maritimes lors de leur plan annuel de transit estival pour la diaspora marocaine. La décision n’a fait que renforcer l’animosité entre les deux pays. 

Le Matin - Les dispositions de FRS Iberia-Maroc
Ferry partant des côtes marocaines pour arriver en Espagne. Photo : FRS Iberia

Chaque année, de nombreuses familles marocaines retrouvent leurs proches lors des vacances estivales un peu partout en Méditerranée. La population attendait avec impatience ces vacances après l’annulation l’année dernière due aux restrictions sanitaires, mais l’exclusion de l’Espagne dans le carnet de destinations n’a pas enchanté la population. Les liaisons entre Tanger (Maroc) et les côtes ibériques prenaient initialement une heure en ferry, elles en font désormais quarante en passant par Marseille. Le temps de trajet est fortement rallongé, il provoque par la même occasion une hausse des prix. 

Poussé par un grondement populaire, le roi Mohammed VI a demandé aux compagnies aériennes et maritimes, celles contrôlées par l’État, de réduire les prix afin de faciliter l’accès aux classes moyennes. Les pertes économiques de cette décision sont colossales, près de 400 à 500 millions de dollars selon un calcul de la compagnie FRS Iberia.

« Globalement, en prenant comme référence les 3,2 millions de passagers et 800 000 véhicules en 2019, on pourrait parler de pertes comprises entre 450 millions et 500 millions de revenus pour toutes les compagnies maritimes, auxquelles il faut ajouter les activités annexes »

Carlos Labandeiria, directeur commercial de la compagnie

Les raisons derrière cette annonce sont complexes mais concrètes : l’Espagne est accusée de soutenir le front Polisario, mouvement indépendantiste pour la libération du Sahara Occidental, territoire au sud du Maroc classé non-autonome par l’ONU.

Une rivalité géopolitique

Depuis les mots de l’ancien président américain Donald Trump sur le Maroc, les tensions ont vigoureusement augmenté à la frontière marocaine. La reconnaissance de l’enclave espagnole Ceuta comme territoire marocain en 2020 avait plus qu’irrité Madrid, qui s’était mise à envoyer des signaux sur la question du Sahara occidental. Selon la chercheuse Khadija Mohsen-Finan : « L’Espagne ne soutient pas l’indépendance du Sahara occidental mais souhaite une décolonisation correcte encadrée par les Nations Unies ». Mais pour le pouvoir de Rabat, il n’y a pas de position intermédiaire dans ce dossier.

Soldadu saharauiak - Polisario troops | Saharawi troops near… | Flickr
Les troupes militaires du front Polisario. Photo : Western Sahara (CC-BY)

Présente jusque dans les années 1980 et 1990, l’Espagne souhaitait originellement acquérir le Sahara occidental du fait de ses possessions en Mauritanie, mais la décolonisation ratée a empêché cela. Aujourd’hui l’Espagne soutient l’opinion de l’ONU, à savoir trouver un consensus, mais certaines décisions les ont pris à défaut. La décision de soigner le président du Sahara occidental Brahim Ghali le 18 avril en Espagne a été pris comme un message clair envoyé au Maroc.

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Les représailles n’ont pas tardé, dès la mi-mai, le Maroc laisse délibérément passer plus de 8 000 migrants marocains vers l’enclave espagnole de Ceuta au nord du pays en quelques jours. Un nombre colossal qui a pris de panique le Premier ministre espagnol qualifiant l’événement comme une : « grave crise pour l’Espagne et pour l’Europe ». Les relations marocaines et espagnoles sont au point mort, l’hostilité qui règne entre les deux Etats laisse présager de nouveaux rebondissements.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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