Somaliland : comment sortir de l’ombre ?

Invisible sur une carte de l’Afrique, le Somaliland est pourtant un État indépendant de facto depuis 1991. Une région qualifiée de havre de paix face à l’insécurité grandissante en Afrique de l’Est.  

Ouverture d’un bureau de représentation au Somaliland par Taïwan. Photo : MOFA Taiwan (CC-BY)

Aucune reconnaissance dans le monde

30 ans après son auto-proclamation en 1991, la république du Somaliland peine à se faire entendre sur son autonomie à l’échelle mondiale.

La Somalie ne veut toujours pas reconnaitre cette région car jugée trop pauvre et les tensions entre les deux protagonistes ont refroidi la quête vers la reconnaissance. Sur le continent africain, l’Union Africaine se prononce rarement sur le sujet, offrir l’indépendance à cette région auto-proclamée donnerait des idées à de nombreux groupes séparatistes. L’organisation politique du Somaliland diffère pourtant des autres entités séparatistes, la présence d’une démocratie constitutionnelle est une exception dans la région.

La Ligue Arabe reste également éloignée de la question somalilandaise, malgré le fait que leur constitution se base sur la charia. Finalement, le pays ne dispose d’aucune reconnaissance, ni l’ONU ou autre État membre n’a affirmé son soutien sur l’indépendance de la région. Les raisons de cette non-reconnaissance sont nombreuses mais principalement géopolitiques.

La Somalie a récemment ouvert ses discussions avec l’Érythrée visant à un apaisement des discussions, donner l’indépendance au Somaliland reviendrait à gâcher ces efforts qui calment la région. La Corne de l’Afrique n’accepterait pas une nouvelle indépendance sur son territoire alors que plusieurs provinces à l’Est réclament également leur souveraineté.

À la recherche d’appuis diplomatiques

Face à cette paralysie diplomatique, le Somaliland n’a pas renoncé à sa volonté d’être reconnu. Depuis plusieurs décennies, l’État se lance dans une chasse aux accords bilatéraux.

Il y a quelques jours, des relations ont été établies avec la Zambie afin de coopérer sur des intérêts communs et sur la revalorisation de la république somalilandaise à l’échelle africaine. Pourtant, le pays s’engage sur la politique internationale, des communiqués sont régulièrement publiés face au décès d’une personnalité politique ou sur différents événements en Afrique ou dans le monde. Ce dynamisme diplomatique n’invite toutefois pas les États africains à se munir du sujet.

Carte des différentes régions en Somalie dont la République du Somaliland.

À l’inverse, la situation ne semble pas poser de problème par comparaison avec de nombreuses zones de conflits, il n’est pas urgent de débattre sur le sujet. Ce point de vue semble satisfaire la communauté africaine et internationale, et le gouvernement somalilandais doit se chercher de nouveaux alliés. Parmi toutes les nations du monde, certaines disposent du même statut que le Somaliland, soit non-reconnus à l’échelle mondiale. L’année dernière, plusieurs bureaux de représentation ont été ouverts dans le pays par Taïwan afin d’avancer conjointement vers un même objectif.

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire !

C’est finalement cette relation qui entraine des réactions diplomatiques importantes. La Chine très présente économiquement en Afrique de l’est n’apprécie pas que les autorités taïwanaises « sapent la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie ». L’avancée des discussions sera déterminante pour l’avenir diplomatique du Somaliland. Sa stabilité politique et sécuritaire est une caractéristique rare pour un État sans reconnaissance. Certaines entreprises n’ont pas attendu les négociations entre Etats pour investir le pays. Le fondateur de l’entreprise de transferts d’argent WorldRemit a d’ores et déjà investi 500 millions de dollars pour relever les défis de développement du Somaliland.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

2 commentaires sur “Somaliland : comment sortir de l’ombre ?

    marchal jacques

    (14 avril 2021 - 18:10)

    Bonjour,
    Intéressant cet article. Je reste un peu sur ma faim. Il me conduit par exemple à la question « pourquoi donc des pays se fragmentent (Irlande, Catalogne, Somalie …) et d’autres cherchent à se regrouper (UE) ? Effectivement on parle peu de la Somalie. Cordialement

      Benjamin Jacquet

      (14 avril 2021 - 18:42)

      Bonjour,
      La fragmentation de la Somalie mériterait à elle seule un article car elle ne ressemble pas aux fragmentations occidentales. La Somalie comme d’autres pays africains sont habités de nombreuses tribus qui existent encore aujourd’hui. L’indépendance des Etats après la colonisation n’a pas permis de réunifier le pays sous une même nation, les communautés continuent de s’autogérer sur des territoires délimités. La Somalie n’a jamais observé de fragmentation à proprement parlé, les communautés somaliennes ont toujours été divisées (comme le montrent les régions de la Somalie). Le gouvernement somalien a bien tenté de réunifier le pays au nom du projet de la Grande Somalie (un terme d’après-guerre) mais sans succès à cause de l’insécurité permanente. je peux vous envoyer plusieurs sources pour approfondir le sujet si cela vous intéresse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *