Les ambitions de Viktor Orban enrayées de toutes parts ?

Depuis plusieurs semaines, le chef d’État hongrois Viktor Orban se voit de plus en plus contesté par la population et l’Union Européenne qui souhaitent mettre fin à ses dérives autoritaires.

Victor Orban during the debate on the political situation … | Flickr
Victor Orban lors d’un débat politique avec l’Union européenne. Photo : European Parliament (CC-BY-NC)

Cette semaine, le Premier ministre hongrois a cédé face à une loi controversée concernant les ONG (Organisations Non-Gouvernementales) étrangères. La loi initiale demandait que chaque ONG recevant plus de 24 000 euros annuels provenant de fonds étrangers devait s’appeler désormais « Organisation bénéficiant de fonds étrangers ».

Le chef d’État contraint à lâcher du lest 

Cette décision a été perçue comme une manière de décrédibiliser ces associations. Cela n’a pas échappé à la Cour de Justice Européenne qui a jugé cette loi comme contraire au droit communautaire de l’Union européenne. Le chef d’État a été obligé de revenir sur sa décision alors qu’elle visait principalement les ONG hongroises financées par le milliardaire George Soros. D’origine hongroise, ce milliardaire américain réputé bête noire de l’exécutif est le premier à faire déjouer autant les plans de Viktor Orban.

Et ce n’est pas son premier coup d’essai, l’université d’Europe Centrale qu’il souhaitait fonder à Budapest, a été déplacée à Vienne sous ordre du Premier ministre, mais les pressions de la Commission européenne ont eu raison de l’homme d’affaires. Les acteurs étrangers montrent un soutien important à la population hongroise amplifiant ainsi les manifestations sur le territoire.

Une contestation grandissante

Le Parlement hongrois, situé au bord du Danube, à Budapest. Photo : Godot13 (CC-BY-SA)

Depuis sa réélection en 2018, nombre d’Hongrois n’hésitent plus à sortir dans la rue pour protester face à une liberté d’expression devenant quasi-inexistante. Lors des élections municipales en 2019, le Premier ministre a subi une première défaite politique en perdant la capitale Budapest ainsi qu’une dizaine de grandes villes. Cette victoire lance le début de nouvelles contestations beaucoup plus importantes, rassemblant une population nettement plus jeune. 

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Les étudiants sont devenus en quelques mois, la principale force de contestation du pouvoir. A son apogée en octobre 2020, une immense fronde d’étudiants a été organisée pour dénoncer l’emprise du gouvernement sur les universités. Si le dirigeant Orban ne s’est jamais vu autant contesté par son peuple, il maintient malgré tout une forte emprise sur le pays et particulièrement sur le paysage médiatique.

Le pluralisme médiatique en sursis

Les médias sont rapidement devenus la cible numéro un de Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010. Depuis trois ans, la Hongrie ne cesse de chuter dans le classement de Reporter Sans Frontières sur la liberté de la presse (92ème). La situation est plus que critique pour le pluralisme médiatique, 80 % des médias sont aujourd’hui contrôlés par le gouvernement hongrois. Les radios indépendantes se font rapidement censurer et doivent cesser d’émettre au profit du Premier ministre qui ne supporte pas de voir sa personne contestée. La station de radio indépendante Klub Radio a d’ailleurs été rachetée par le gouvernement la semaine dernière.

Les obstacles semblent toujours plus nombreux et les batailles juridiques sont difficiles à gagner pour ces médias indépendants qui se font de plus en plus rares. Face à ce constat, le Conseil de l’Europe alerte :

« Il est grand temps que la Hongrie restaure la liberté de la presse ». 

Pourtant, la Hongrie n’est pas le pays à voir son nom baisser dans le classement, les États voisins comme la Slovénie ou la Pologne ont pris exemple depuis plusieurs années sur les mesures du dirigeant hongrois. Il souhaite dorénavant se tourner vers l’acquisition des pleins pouvoirs, un objectif dont il se rapproche grâce à la crise sanitaire et aux confinements mis en place.

Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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