Libye : Le difficile chemin vers les élections

Malgré la mise en place d’un gouvernement de transition et un accord de principe sur la tenue d’élections en décembre, le chemin vers un processus électoral apaisé en Libye est encore long. Sans cadre légal clair ni assurance d’une situation sécuritaire stable, le scrutin est plus menacé que jamais.

Le maréchal Khalifa Haftar contrôle actuellement l’Est et le centre de la Libye | Photo : Ministère russe des Affaires étrangères (CC BY-NC-SA)

Après deux guerres civiles successives, la Libye est toujours divisée et peine à se reconstruire. Le cessez-le-feu, qui a mis fin aux affrontements entre troupes de Fayez El-Sarraj et Khalifa Haftar a permis d’apaiser la situation militaire. Les parties, qui se sont réunis à Tunis en novembre 2020, ont trouvé un accord sur l’organisation d’élections présidentielles et législatives, prévues le 24 décembre 2021.

Mais, malgré la volonté apparente des protagonistes, la bonne tenue du scrutin est un véritable défi pour le pays. De nombreux problèmes structurels restent en effet à résoudre avant que des élections libres et sans contestations puissent se tenir.

Un pays sans constitution

Un des principaux obstacles réside dans le fait que la Libye est un pays qui ne dispose pas d’une constitution solide. Le seul cadre constitutionnel existant réside dans une constitution par intérim, qui n’a jamais été soumise à référendum ni approuvée par tous les partis. Selon la feuille de route adoptée lors du dialogue interlibyen en janvier 2020, des consultations doivent être mises en place, afin d’arriver à un accord sur le cadre constitutionnel, avant les élections.

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Un référendum est d’ores et déjà prévu, et doit, en principe, se tenir avant les élections. Mais un accord doit tout d’abord être trouvé entre tous les acteurs de la scène politique. Le référendum est donc prévu, mais aucune date officielle n’a encore été communiquée s’agissant de sa tenue. Le mode de scrutin est un des points les plus débattus. Selon Mohamed Eljarh, analyste politique et sécuritaire, certaines factions seraient en faveur d’un scrutin présidentiel indirect, craignant qu’un scrutin direct n’avantage Khalifa Haftar. L’opinion majoritaire est cependant en faveur d’un vote direct des électeurs pour élire le futur président libyen.

Situation sécuritaire inquiétante

En plus de l’absence de cadre légal, la Libye reste un conflit « par proxy », où des troupes et mercenaires de puissances étrangères sont toujours présentes. Ainsi, des mercenaires russes, syriens, et des troupes turques sont stationnées sur le territoire libyen. Si le cessez-le-feu tient pour le moment, aucun des acteurs présents militairement en Libye ne cherche à faciliter le processus électoral.

Des chefs d’État se réunissent à Berlin pour une conférence sur la Libye, en janvier 2020

« La Turquie, l’Égypte et la Russie n’ont pas vraiment cherché à supporter une transition électorale. Ces trois pays y voient l’opportunité de sauvegarder leur influence et sécuriser leurs intérêts géopolitiques, économiques, et de sécurité nationale », explique Mohamed Eljahr. De plus, de nombreuses milices et factions ont conservé un pouvoir militaire dans le pays. Elles pourraient, si elles le souhaitent, empêcher le scrutin de se dérouler dans les zones qu’elles contrôlent. Les élections municipales, organisées en 2020, avaient déjà été perturbées par certaines milices.

Si des élections réussies pourraient permettre de donner de l’élan au processus de paix, ces dernières ne seraient que le premier pas réussi d’un long chemin. Il faudrait ensuite unifier deux armées qui se sont combattues plusieurs années. Les deux gouvernements antagonistes devraient s’accorder sur un processus d’unification bureaucratique, dans un pays où la corruption reste omniprésente. Le pays se classe en effet 173e sur 179 au classement de l’indice de la perception de la corruption.

Auteur de l’article : Léo Berry

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