L’Iran s’enfonce dans la cyberguerre

Des armes anti-air gardent le complexe nucléaire iranien de Natanz | Hamed Saber

Alors que l’Iran est au bord d’un précipice économique, le pays s’embarque dans des actes de cyberguerre de plus en plus intenses. Régulièrement visé par Israël et les États-Unis depuis plus d’une décennie, le pays a-t-il intérêt à rendre les coups ?

C’est en effet dès 2007 que l’Iran a été visé par une attaque informatique de grande ampleur. Le logiciel malveillant Stuxnet, développé conjointement par Israël et les États-Unis, avait permis d’endommager les centrifugeuses iraniennes. L’attaque est un succès, retardant le programme nucléaire iranien, mais a contribué à créer un précédent, et a marqué le début de l’utilisation de cyberattaques à grande échelle.

L’Iran, cible privilégiée des cyberattaques

Stuxnet était une attaque importante et sophistiquée, mais n’était en fait qu’une des premières attaques informatiques de grande ampleur. Sans une erreur dans le code, responsable de sa propagation hors de la centrale iranienne, l’attaque n’aurait peut-être pas été découverte.

Le programme nucléaire iranien est donc la cible privilégiée de ces attaques. Israël craint en effet que l’Iran ne puisse assembler une bombe atomique dans les prochaines années. Plus récemment, il semble que les infrastructures iraniennes aient été ciblées à nouveau. Depuis le début du mois de juin, des explosions en série ont lieu au sein de sites stratégiques iraniens. D’après des sources iraniennes, une partie de ces explosions seraient liées à des cyberattaques. Difficile de démontrer que ces accusations sont crédibles, un des nombreux avantages des cyberattaques étant qu’il est possible de masquer son identité et d’attaquer sans laisser de preuves matérielles.

La contre-attaque iranienne

L’Iran, bien qu’il ait été victime d’attaques d’ampleur, ne compte pas subir sans réagir. Le pays s’engage également dans des actes de cyberguerre, visant principalement les intérêts américains et israéliens. Les attaques iraniennes sont cependant assez récentes. Le fer de lance des cyberattaques iraniennes est le groupe « Charming Kitten ».

Actif depuis 2014, ce groupe a comme objectif principal l’espionnage, notamment de militants des droits de l’homme ou de chercheurs. Mais il a également à son actif plusieurs piratages importants. Le piratage d’HBO en 2017 aurait été effectué par un membre du groupe. Plus récemment, d’après l’entreprise spécialisée en cybersécurité ClearSky, des pirates iraniens auraient tenté de pirater le laboratoire américain Gilhead, qui cherche un vaccin contre le Covid-19. Alireza Miryousefi, chef de la section médias de la mission iranienne à l’ONU, nie cependant toute implication iranienne dans de telles cyberattaques « Les activités cyber de l’Iran ont un but exclusivement défensif et servent à protéger les infrastructures iraniennes », a-t-il déclaré.

L’Iran a-t-il intérêt à s’engager dans la cyberguerre ?

Bien que l’Iran dispose d’une puissance de frappe informatique, ce dernier a-t-il intérêt à s’en servir ? Rien n’est moins sûr. Le pays, déjà mis en difficulté économiquement suite au retrait américain de l’accord sur le nucléaire, est un des plus touchés par la pandémie de Covid-19. Difficile donc de s’engager pleinement dans une cyberguerre alors que la population attend avec beaucoup d’impatience une reprise de l’économie.

L’autre problème auquel fait face l’Iran est un manque de moyens. Israël et les États-Unis ont une bien meilleure expertise des attaques informatiques, ce qui leur permet de frapper plus rapidement et avec des attaques plus sophistiquées. De plus, l’Iran s’expose à des représailles lorsqu’il attaque. C’est ainsi qu’Israël a attaqué les systèmes informatiques d’un port iranien après que l’Iran a tenté de s’en prendre à l’assainissement d’eau israélien à travers une cyberattaque. Le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Abbas Mousavi, a affirmé que l’Iran repoussait plusieurs milliers de cyberattaques chaque jour.

L’équilibre semble donc difficile à trouver pour l’Iran. D’une part, répondre aux attaques l’expose à des represailles, d’autre part, ne pas répondre serait un aveu de faiblesse, face à des puissances auxquelles il est opposé. Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez visionner ce débat tiré de l’émission d’Arte « 28 minutes ».

Auteur de l’article : Léo Berry

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.