Mozambique : récit d’un potentiel énergétique colossal à la crise économique.

Ce vendredi, une compagnie spécialisée dans le gaz offshore a obtenu l’autorisation de faire des travaux pour améliorer l’extraction de gaz dans le canal de Mozambique. Des initiatives qui ne sont là que pour sauver une économie désormais au bord du gouffre.

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Plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Photo : pxhere (CC-BY)

Une future puissance gazière ?

Le Mozambique avait pourtant tout pour réussir avec un panel important de manières de produire de l’énergie. Gâté par la nature, le pays ne s’est pas privé d’exploiter au mieux ces ressources, synonymes de croissance économique. Mise en service depuis 1979 sur le puissant fleuve Zambèze, la centrale hydroélectrique de Cahora Bassa permet aujourd’hui la production de 60% de l’électricité mozambicaine. Sans parler de la production d’électricité, les hydrocarbures constituent un véritable eldorado pour le gouvernement de Maputo, le 12ème pays ayant le plus de réserves gazières. Face à ces chiffres plus qu’encourageants, les investisseurs étrangers n’ont pas hésité à sauter sur l’offre. Près de 25 milliards de dollars, soit le plus grand investissement de l’Afrique subsaharienne concernant les hydrocarbures.

Le gaz mozambicain n’est pour autant pas la seule mine d’or du pays. Le charbon représente 27% du commerce extérieur, développé par le géant brésilien Vale qui exploite depuis près de 10 ans la 4ème plus grande mine de charbon du monde[1]. Tant d’attraits qui ont permis un développement économique instantané, une moyenne de 7.9% depuis 2004.

Mozambique prepares to harness vast gas reserves | Financial Times
Réserves de gaz mozambicaines. Carte : Andrew England

Néanmoins, la croissance économique tend à ralentir depuis plusieurs années, une tendance qui s’intensifie fortement avec la crise sanitaire.


L’écroulement de l’économie mozambicaine

Comment sommes-nous passés d’investissements titanesques et d’une forte croissance économique à une dette de 2 milliards de dollars impossible à rembourser ?

Dette extérieur du RNB Mozambique 2010-2016 | Statista
Envolée de la dette du Mozambique. Source : Statista

La réponse à cette question tient en une histoire, celle des pots-de-vin du gouvernement dans les chantiers navals. En 2007, le pays attisait la convoitise des investisseurs sur les chantiers navals. Un prêt de plusieurs centaines de millions de dollars est demandé au Fond Monétaire International (FMI) pour acheter ces équipements (flotte de navires, bateaux de pêche), même si plus officieusement, le gouvernement veut acheter du matériel de surveillance pour les côtes. Le FMI refuse, le Crédit Suisse devient alors la nouvelle cible des négociations. Avec le président du Mozambique Armando Guebuza, plusieurs membres du gouvernement ainsi que des cadres du Crédit Suisse, les relations sont davantage amicales et flexibles.

A partir de 2013, les virements fusent à une vitesse déconcertante sous les yeux du FMI, permettant l’achat d’équipements de surveillance et l’enrichissement personnel du gouvernement mozambicain. La création d’entreprises temporaires, de faux appel d’offres ont permis aux protagonistes de noyer le poisson. Après deux années de virements et de commissions entre « membres du projet naval », le FMI se rend compte progressivement de l’entourloupe, et suspend ses aides économiques au Mozambique. Le pays qui dépendait de ces aides voit sa monnaie chuter de valeur, et les prêts initialement versés attendent désormais d’être remboursés. Par la suite, de nombreuses cours de justice vont se saisir de l’affaire pour tenter d’éclaircir les circonstances et motivations de ces pots-de-vin. Cependant, elles ne peuvent effacer les dégâts causés pour l’économie mozambicaine, à savoir une dette insurmontable.

Un semblant de relance

La dégringolade financière n’a pourtant pas freiné les ambitions des investisseurs étrangers. La semaine dernière, le PDG de Total Patrick Pouyanné a engagé un projet d’usine de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) à hauteur de 15 milliards d’euros, un record pour le continent africain. En interne, la distribution d’énergie reste très inégale, obligeant la Banque Mondiale à apporter son aide. Plus de 200 millions de dollars ont été prêtés au pays pour permettre un accès pour tous à l’énergie. Malgré tout, les populations locales sont loin d’être affectés par ces sommes faramineuses. La pauvreté touche une grande partie de la population, plus de 50% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et près du tiers souffre de malnutrition.

Un signe d’espoir pour le gouvernement, un obstacle à la transition pour la population, les décisions économiques sont loin de faire l’unanimité.


Auteur de l’article : Benjamin Jacquet

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