Pour la Moldavie, l’UE n’est pas à l’ordre du jour

Des parlementaires européens reçoivent Maia Sandu, alors Première Ministre, le 24 juillet 2019. | Renew Europe (CC BY-NC-ND)

Le passage en tête de Maia Sandu, candidate europhile, au 1er tour de l’élection présidentielle moldave a surpris les observateurs. Si elle venait à l’emporter lors du second tour, dimanche, la Moldavie se rapprocherait encore de l’UE. Chișinău devra néanmoins résoudre d’importants problèmes si elle souhaite poursuivre son intégration européenne, voir adhérer à l’Union.

Au terme d’un premier tour mouvementé, Maia Sandu est arrivée en tête, devant son concurrent, le président sortant pro-russe Igor Dodon. Si la candidate europhile craint des fraudes, notamment en Transnistrie, le second tour s’annonce très serré, et donnera le ton des quatre années à venir vis-à-vis de l’UE. La Moldavie, qui s’en est déjà largement rapprochée à travers plusieurs accords, pourrait essayer de sauter le pas et de se rapprocher de l’adhésion, à terme.

Entre séparatismes et pauvreté

Le principal problème pour la Moldavie est qu’elle ne contrôle pas l’intégralité de son territoire. La Transnistrie, située à l’Est du pays, est indépendante de fait, bien qu’elle ne soit pas reconnue internationalement. Elle possède ainsi sa constitution, ses institutions, sa monnaie… Très majoritairement pro-russe, la Transnistrie n’accepte pas une éventuelle adhésion à l’UE, et s’oppose à une intégration plus poussée qui l’éloignerait sensiblement de Moscou, qui assure par ailleurs sa sécurité militaire. Le conflit gelé depuis 1991 constitue un obstacle majeur à l’intégration européenne de la Moldavie

En rouge, la Gagaouzie ; à l’Est, la frontière de la Transnistrie, indépendante de facto. | NordNordWest (CC BY-SA)

La Transnistrie n’est pas la seule à s’opposer aux rapprochements avec l’UE. La minorité gagaouze, dont la région bénéficie d’une autonomie, y est également largement réticente. En 2014, 97,2 % des habitants déclaraient être contre la poursuite de l’intégration européenne, préfèrant se rapprocher de la Russie et ses partenaires. Un autre obstacle important à l’intégration, car la Gagaouzie pourrait également chercher son indépendance si la Moldavie s’éloigne trop du giron russe.

Moscou conserve en effet une forte influence sur le pays, et cherche à la perpetuer en ralentissant le plus possible son intégration européenne. Si l’UE est le premier partenaire commercial et le premier investisseur en Moldavie, la Russie, au-delà de sa présence militaire en Transnistrie, possède également le levier de l’énergie. La Moldavie, qui ne produit que 20 % de sa consommation énergitique, est très dépendante du gaz russe, qui fournit la moitié de sa consommation d’énergie annuelle. Enfin, la Moldavie compte parmi les pays les plus pauvres d’Europe ; un tiers de sa population travaille à l’étranger, l’économie étant largement supportée par l’argent généré par la diaspora. L’intégration économique, qui bénéficie d’ores et déjà à la Moldavie, pourrait être freinée si le fossé avec les autres pays européens perdure.

La Transnistrie a fêté ses 30 ans d’indépendance, le 2 septembre 2020. | Radio Free Europe / Radio Liberty

Une intégration européenne en bonne voie

Bien que les freins à l’intégration européenne de la Moldavie soient nombreux et durables, des initiatives importantes ont vu le jour. La Moldavie est signataire d’un accord de libre-échange avec l’UE depuis 2014. Cet accord d’association, renforcé en 2016, encense l’intégration économique moldave. L’intégration politique est également mise en œuvre. L’UE cherche à renforcer son association politique avec la Moldavie, et l’incite à réformer ses institutions judiciaires ou à lutter contre la corruption présente dans le pays. La Moldavie est membre depuis 1997 de l’Organisation pour la démocratie et le développement, une organisation régionale pro-occidentale.

L’élection du pro-russe Igor Dodon lors de l’élection présidentielle de 2016 a cependant été un coup d’arrêt pour la coopération entre la Moldavie et l’UE. S’il n’est pas parvenu à remettre en cause les avancées antérieures, son mandat n’a pas permis de renforcer la coopération entre les deux parties. Le résultat du second tour de l’élection présidentielle entre deux candidats aux positions diamétralement opposées sur la question européenne devrait donc être décisif pour la suite des relations entre les deux partenaires.

Auteur de l’article : Léo Berry

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