Pourquoi l’armée afghane est-elle en déroute face aux Talibans ?

Affaiblie par le retrait progressif des troupes américaines et de l’OTAN et par de nombreux problèmes structurels, l’armée afghane est en très grande difficulté face aux Talibans. Accusant la perte de nombreux districts et villes importantes, celle-ci est désormais largement dominée par ses adversaires.

Un hélicoptère américain « Black Hawk », modèle utilisé par l’armée afghane. | Photo : U.S. Army (CC BY)

L’armée afghane s’effondre face aux Talibans. Depuis le mois de mai, ces derniers sont parvenus à reprendre 133 des 407 districts qui composent le pays. En tout, les Talibans en contrôleraient désormais 206. Le gouvernement afghan, lui, ne contrôle plus que 20 % du territoire, explique le Long War Journal. L’effet du retrait des forces armées des États-Unis et de l’OTAN, qui sera complété le 11 septembre, se fait déjà sentir.

L’armée afghane se trouve incapable de défendre plus que les grandes villes et principaux axes de communication, alors que le temps semble jouer en sa défaveur. Les Talibans lancent actuellement d’importantes offensives, principalement dans le nord du pays. Les attaques sur de grandes villes ont d’ores et déjà commencé, avec une première attaque sur Qala-i-naw, une capitale provinciale, le 7 juillet.

Fin de la domination aérienne

Suite au retrait des troupes étrangères, l’armée afghane perd progressivement un des avantages décisifs qu’elle possédait face aux Talibans : la domination des airs. Avec le départ de contractuels principalement américains, la flotte aérienne afghane (avions, drones…) n’est plus maintenue correctement. Le matériel ne pourra plus être opérationnel sans réparation ou maintenance, et sera contraint de rester à terre. Si certains officiels américains envisagent une aide financière pour le maintien de la flotte aérienne afghane, rien n’est encore fait et le temps joue en faveur des Talibans.

Un soldat afghan s’entraîne à charger un mortier. | Photo : NATO (CC BY-SA)

Mais les contractuels qui vont venir à manquer s’occupaient également de nombreux véhicules blindés, utiles à l’armée afghane. Sans troupes américaines sur place, les garanties en termes de sécurité proposées par l’armée afghane seront plus fragiles. Trouver de nouveaux contractuels devrait alors se révéler plus difficile, mais aussi plus coûteux. La situation pose déjà problème, et risque d’empirer dans les prochains mois, au fur et à mesure que le matériel s’use.

Corruption et résignation

Un autre problème majeur pour l’armée afghane mais aussi la société civile est la corruption endémique qui règne dans le pays. Un rapport du SIGAR, qui gère le financement des aides allouées par les États-Unis à l’Afghanistan, estime que 30 % des aides sont perdues du fait de « Gaspillages, fraudes et abus ». Les cas de « soldats fantômes », que des officiers inscrivent sur les listes afin de récupérer leurs salaires, sont légion au sein de l’armée.

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L’efficacité des importantes aides américaines est donc fortement réduite. Suite à leur retrait, les États-Unis octroieront quatre milliards de dollars d’aide aux forces de sécurité par an jusqu’en 2024. Difficile de savoir combien atteindront leur destination.

Autre facteur déterminant pour l’armée afghane, le moral des troupes semble au plus bas. Les Talibans fondent sur de nombreux districts, et entrent dans les villes et villages parfois sans combattre. Pire encore, ces derniers récupèrent ou détruisent régulièrement du matériel de l’armée afghane, qu’ils peuvent ensuite utiliser à leur compte. Plus de 800 véhicules, mais aussi une trentaine de mortiers et quelques tanks ont ainsi été saisis par les Talibans depuis le mois de juin.

Pour Carter Malaksian, qui a servi comme conseiller politique en Afghanistan, la différence de motivation entre Talibans et armée afghane est également un élément clé. Si les policiers et soldats de l’armée régulière, souvent mal formés, se battent principalement par appât du gain, les Talibans, eux, sont prêts à mourir pour leur cause. Un état d’esprit qui fait régulièrement la différence sur le champ de bataille.

Auteur de l’article : Léo Berry

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