Six mois après les élections, où en est Loukachenko ?

Alors que les manifestations demandant son départ sont toujours régulières, Alexandre Loukachenko s’accroche de toutes ses forces. S’il essaie de donner un semblant démocratique à son régime, la stratégie de fond reste la même : réprimer l’opposition.

Des Biélorusses manifestent à Minsk contre le régime en place, le 23 août 2020. | Photo : Homoatrox (CC BY-SA)

Depuis qu’Alexandre Loukachenko a pris le pouvoir, en 1994, il n’a jamais fait bon être dans l’opposition. Intimidations, arrestations, passages à tabac font légion pour quiconque ose remettre en cause la mainmise sur le pouvoir du président. Mais en août dernier, après la réélection contestée et manifestement frauduleuse d’Alexandre Loukachenko, une partie de la population est bien décidée à montrer son exaspération. Le soulèvement, d’une ampleur inédite, a bien cru et croit toujours pouvoir déloger Loukachenko.

Six mois après, le constat est amer pour l’opposition : Loukachenko est toujours au pouvoir. Pire, il a réussi à y rester en utilisant les méthodes dont il s’est toujours servi. Pourtant, il serait faux de dire que la donne n’a pas changé. Si sur le plan extérieur, Alexandre Loukachenko semble avoir fortement accru sa dépendance vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine, qui l’a soutenu durant cette période, il n’est pas non plus en reste sur le plan intérieur.

Loukachenko veut apparaître à l’écoute

Alexandre Loukachenko tient à montrer l’image d’un dirigeant solidement accroché au pouvoir, mais également à se montrer ouvert à la discussion politique. Suite à la contestation, il a annoncé que des réformes constitutionnelles seraient soumises à référendum avant 2022. Une « Assemblée du peuple » composée de 2 700 membres est d’ores et déjà réunie pour en débattre. Une comédie, pour l’opposition, qui dénonce une assemblée à la soviétique, composée uniquement de proches du régime triés sur le volet.

D’autant plus que les deux précédents référendums constitutionnels n’ont servi qu’à renforcer le pouvoir présidentiel. En 1996, un référendum avait permis à Loukachenko, au pouvoir depuis 2 ans, de renforcer ses pouvoirs présidentiels. En 2004, un référendum lui a permis de briguer un nouveau mandat. Autant dire que l’opposition n’attend rien de cette nouvelle consultation, dont elle est de surcroît exclue.

« Malgré les tensions créées artificiellement par les puissances étrangères, nous avons survécu. »

Alexandre Loukachenko, 11 février 2021

Loukachenko joue également la carte de l’ingérence extérieure depuis le début des contestations. Après avoir accusé la Russie d’ingérence durant l’élection présidentielle, l’Union Européenne est désormais la cible préférée de Minsk. « Leur blitzkrieg a échoué, nous avons su défendre notre pays. Malgré les tensions créées artificiellement par les puissances étrangères, nous avons survécu », s’est félicité l’homme au pouvoir.

Exil de la population

Mais, au-delà des apparences, le bilan pour la population est douloureux. Avec plus de 30 000 arrestations depuis le début des contestations, les manifestants se retrouvent au minimum ereintés, au pire traumatisés. En outre, des témoignages de passage à tabac, de torture et même de viols ont été rapportés, les journalistes et activistes politiques étant particulièrement visés.

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Une partie de la population a donc choisi l’exil, par peur des représailles ou par exaspération envers le régime. 13 500 Biélorusses avaient quitté leur pays à l’automne 2020, malgré la fermeture des frontières due au Covid-19. La plus célèbre exilée, Svetlana Thikanovskaïa, figure de la contestation, a fait le choix de se réfugier en Lituanie pour des raisons de sécurité. Une partie des Biélorusses fuient un régime qui ne leur laisse entrevoir ni réconciliation ni changement.

Auteur de l’article : Léo Berry

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